Finance Watch

Le Secours Catholique rejoint le combat pour re-réguler la finance

Financial self-defense
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Finance Watch

Le Secours catholique est une association à but non lucratif créée le 8 septembre 1946 par l’abbé Jean Rodhain. Le Secours catholique est attentif aux problèmes de pauvreté et d’exclusion de tous les publics et cherche à promouvoir la justice sociale.

www.secours-catholique.org

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“Le fonctionnement actuel du système financier est mal aligné avec l’intérêt général” – Ce diagnostic aurait pu être attribué à Finance Watch ou à d’autres organisations dédiées à l’analyse économique. Mais aujourd’hui, c’est une association caritative majeure, le Secours Catholique, dont l’action est focalisée sur la lutte contre la pauvreté, qui documente rigoureusement cette assertion dans un rapport documenté et pédagogique de près de 150 pages.

Réguler la finance : une nécessité pour tous

La capacité phénoménale des marchés financiers à influencer la marche de nos sociétés ne serait pas forcément un problème sans les défauts patents des règles du jeu actuelles. Mais avec ces dernières, les effets secondaires de la domination de la finance internationale sous-régulée (citons l’excès de volatilité, le court-termisme et l’aveuglement à l’intérêt général) sont en passe d’en devenir ses effets principaux.

Les preuves des liens entre le tsunami de financiarisation actuel et la croissance des inégalités, de la pression environnementale ou des dénis démocratiques s’accumulent. Pourtant, #10ansaprès la pire crise financière de l’histoire moderne, l’indignation s’estompe et la tentation de déréguler reprend le dessus. Nos élus, en une quête désespérée d’investissements à court terme dérégulent la finance au risque de la prospérité publique. Les agences de notations sont devenues les chefs d’orchestres des politiques publiques occidentales.

L’une des nombreuses illustrations du rapport

Finance Watch partage l’analyse du Secours Catholique : des ajustements à la marge ne suffiront pas pour changer la finance et ses règles. Seules des mesures comme la séparation bancaire, une augmentation des ratios de fonds propres, une régulation de la finance de l’ombre, le fléchage du crédit, un prix au carbone, une plus grande diversité des modèles d’affaire des banques et une meilleure responsabilisation des régulateurs peuvent faire la différence.

Un combat toujours plus inégal

Car, bien qu’il soit plus que jamais nécessaire de réguler la finance, notre capacité à le faire diminue : la complexité croissante des marchés financiers échappe même aux régulateurs. Des armées de lobbyistes (1700 à Bruxelles, soit quatre fois le nombre de fonctionnaires en charge de la régulation financière ou deux cents fois le personnel de plaidoyer d’une organisation comme Finance Watch) parcourent en permanence les couloirs des institutions de régulation, travaillant nuit et jour à affaiblir chaque ligne des rares succès politiques que les représentants de l’intérêt général à Bruxelles ont chèrement acquis. La société civile est affaiblie, inaudible. Elle réagit à la contraction budgétaire publique post-crise en se refocalisant sur ses propres missions et peine à trouver une voix commune sur ces sujets complexes.

Reprendre le contrôle de la finance : un défi collectif

La finance est le sang de nos économies. Elle crée et canalise les ressources financières vers les acteurs économiques qui en ont besoin. Elle est aujourd’hui une des causes de problèmes majeurs de notre siècle (Inégalités, climats etc.) alors qu’elle pourrait faire partie des solutions. Comment ?

Il faut d’abord l’expliquer et briser son aura d’inaccessibilité. Si certains détails sont effectivement très complexes, la structure d’ensemble est facile à comprendre et les leviers principaux du changement sont bien identifiés. Expliquer la finance aux citoyens, aux élites et aux politiciens est un premier pas essentiel.

Deuxièmement, sans les organisations de la société civile concernées indirectement ou directement par la finance, nos plaidoyers pour une régulation financière sérieuse demeureront trop faibles. Nous ne pouvons peser suffisamment si nos arguments ne sont pas portés ou relayés par les acteurs concernés.

Enfin, il nous faut mobiliser. La dynamique politique à l’œuvre en Europe est telle que sans un retournement de l’opinion public et un mandat clair des citoyens (tel que ce qui est arrivé pour le climat au cours des dix dernières années), les politiciens ne pourront tenir bien longtemps sur ces sujets cruciaux. C’est le sens du rapport du Secours Catholique, qui anticipe et complète le rendez-vous donné par la coalition #ChangeFinance au 15 septembre 2018 pour “célébrer” l’anniversaire de la crise (Et que #10ansaprès la crise, nous rappelions à nos élus que les conséquences de la crise se paient encore et que le chemin est long avant d’estimer que “le boulot est fait” (the “job done” narrative) pour éviter une redite).

Le Secours catholique : “premier de cordée” pour la remise en cause du rôle de la finance

Pédagogie, appropriation par la société civile, mobilisation. Sur chacun de ces plans, le rapport du Secours Catholique paru aujourd’hui fera école : la finance n’est plus cette chose compliquée, inaccessible à chacun d’entre nous. Une organisation de la société civile non-spécialiste en finance rejoint le combat pour une régulation financière ambitieuse. Et surtout, les citoyens y peuvent enfin quelque chose. Finance Watch est fière d’avoir contribué à ce rapport, le soutient et en relaiera les suites dans les mois à venir. Et si cette démarche fait des émules, Finance Watch et son réseau de partenaires européens est prête à aider toute initiative du genre à voir le jour et à en porter les conclusions auprès des instances de régulations européennes.

Pablo Grandjean

La vidéo de campagne :

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