Neuf réformes économiques et financières pour stopper la destruction de la nature

Un guide des mesures indispensables pour préserver l’habitat de l’humanité

Notre système économique est aveugle à la destruction de la nature qu’il entraîne. Tel quel, il ne peut qu’accélérer la perte de biodiversité et générer un risque pour l’humanité entière. La perturbation des écosystèmes a des conséquences sur la santé humaine, sur l’accès à l’eau et à la nourriture et provoque des pénuries. Dans un avenir proche, elle pourrait bien perturber aussi le fonctionnement de nos sociétés et de l’économie, comme l’a fait la pandémie de Covid-19.

À plus long terme, c’est l’humanité même qui est en péril. Les enjeux sont trop importants : ce qu’il faut à notre économie, c’est une transformation en profondeur afin de respecter les limites de la planète. La finance ne peut faire partie de la solution que si nous en comprenons à la fois le potentiel et les limites intrinsèques.

Voici donc neuf mesures à prendre d’urgence :

En 2021, les Nations Unies vont lancer la renégociation des objectifs internationaux pour la préservation et la restauration de la nature, à atteindre pour 2030. Mais la croissance économique continuera à détruire la nature si les gouvernements ne planifient pas également la transition vers une économie soutenable.

Pour avoir un impact, les accords internationaux doivent être contraignants, s’appuyer sur des preuves scientifiques et être adoptés par un maximum de pays. Mais limiter l’activité économique a un coût financier et politique élevé : si nous voulons envisager un changement de paradigme sans le soutien des États-Unis, ce sont l’UE et la Chine qui vont devoir augmenter leurs contributions financières aux pays en développement.

Pour déterminer quelles activités entraînent la destruction de la nature, il ne suffit pas que certaines entreprises publient leur impact sur base volontaire ; il faut que les décideurs politiques exigent des grandes entreprises qu’elles rendent leur impact environnemental public mais aussi qu’elles définissent leurs plans de transition.

La destruction de la nature est en grande partie le résultat de nos systèmes de production.  Inverser cette tendance implique – au  minimum – que les entreprises passent à des modes de production plus soutenables. Ayant défini quelles activités économiques sont soutenables, l’UE doit établir un cadre de reporting permettant de comparer les impacts environnementaux des différentes entreprises et obliger celles ayant les plus fortes empreintes écologiques à élaborer des plans de transition.

Réduire la destruction de l’environnement ne doit pas vouloir dire autre chose. Les décideurs ne doivent plus permettre à des entreprises de polluer en payant ensuite des compensations. Ainsi, au lieu de considérer la destruction de la nature comme un prix à payer pour faire du business, on arrêterait plutôt de la détruire.

Les compensations pour perte de biodiversité sont un mécanisme qui permet aux entreprises d’abimer un écosystème à condition de financer, généralement ailleurs, un projet de restauration. Comme aucun écosystème n’est équivalent à un autre, ce mécanisme n’empêche en rien la perte environnementale. Il perpétue au contraire le “droit à polluer” et diminue l’impact des règlementations environnementales.

Un nombre de plus en plus important d’épargnants souhaitent investir dans des activités qui ne nuisent pas à l’environnement. Mais peu de professionnels de la finance qui vendent des produits dit « verts » ou « soutenables » sont en mesure de prouver leurs prétentions à la “soutenabilité”.

L’Ecolabel européen pour les produits financiers ne devrait être accordé qu’à des produits dont il peut être prouvé qu’ils financent des activités soutenables ou qu’ils ont un impact positif sur l’environnement. Il nous faut pour cela des outils et des méthodes qui mesurent les impacts des activités financées sur la biodiversité et l’environnement autant que sur le climat.

La finance privée a toujours besoin d’un rendement financier suffisant, même la finance « durable ». Or la plupart des projets environnementaux rapportent peu, voire rien, et exigent un engagement à long terme. Réconcilier ces deux logiques est pour le moins un défi.

Jugeant l’intérêt d’un investissement à son ratio “risque/rendement”, la plupart des investisseurs se détournent des projets de préservation et de restauration de la nature, ceux-ci étant jugés trop risqués, trop petits, illiquides et ce pour une faible rentabilité. De plus les marchés financiers s’appuient sur des indices de référence qui suscitent des comportements moutonniers et renforcent le biais court-termiste des analystes financiers.

Les législateurs doivent bannir les pratiques nuisibles par des règlementations au lieu d’attendre que les entreprises modifient d’elles-mêmes leur comportement, tirées par une hypothétique croissance de la demande des consommateurs ou des préoccupations éthiques.

Vu l’importance des changements à mettre en place, des démarches volontaires et une approche basée sur la dynamique de marché ne suffiront pas. Les pratiques non soutenables doivent être graduellement interdites par la loi tandis qu’une partie importante du territoire de l’UE doit être restaurée et protégée de toute activité économique nuisible. Des subventions publiques doivent être affectées au soutien à une transition juste.

Les instruments économiques, comme les quotas et les taxes environnementales, ne peuvent limiter les activités économiques qui surexploitent les ressources naturelles que s’ils sont effectivement calibrés sur les limites de la nature.

En théorie, certains instruments économiques ont pour objet de limiter les pratiques non soutenables ou de réduire leur rentabilité. En pratique, leurs résultats sont mitigés. Il est dès lors primordial que les décideurs évaluent l’efficacité et l’adéquation des instruments économiques nouveaux et existants par rapport à leurs objectifs environnementaux et qu’ils les recalibrent le cas échéant.

L’argent public finance encore des activités nuisibles à l’environnement et à la biodiversité, tels que certaines pratiques agricoles. Les pouvoirs publics doivent mieux mesurer l’impact environnemental de leurs investissements et subventions, et procéder aux ajustements nécessaires.

Certaines subventions publiques continuent de soutenir des activités économiques considérées nuisibles pour l’environnement, réduisant d’autant l’impact limité du soutien aux secteurs et pratiques durables et les chances d’atteindre les objectifs de l’UE en matière environnementale. Rediriger l’argent public vers des activités plus favorables à la nature commence par réviser les dispositifs européens existants d’évaluation de l’impact environnemental des dépenses publiques.

Étant donné les limites intrinsèques de l’investissement privé en la matière, certains projets favorables à l’environnement vont nécessiter de l’investissement public. La gouvernance économique européenne devrait donc s’étendre au-delà de l’application des règles budgétaires de l’UE pour inclure une véritable supervision de la transition de l’UE.

Le Semestre européen doit évoluer pour mieux intégrer gouvernance économique et objectifs environnementaux. Dans le même temps, les règles budgétaires de l’UE doivent être revues pour s’assurer que les États Membres puissent investir dans des programmes comme Natura 2000, des plans de restauration, et soutenir la transition écologique.

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